Velvet T1 & 2 – Delcourt

Dans le flot de parution et de nouveauté proposé par les éditeurs français durant ces derniers mois, certains comics passent un peu inaperçu, et la série "Velvet "de Ed Brubaker et Steve Epting est de ceux là. Publié chez Image aux usa, "Velvet" est un comics "indé" (dans le sens américain du terme, c'est à dire hors super-héros) qui relate les aventures d'une espionne britannique, Velvet Templeton, en 1973, qui se retrouve plus ou moins malgré elle impliquée dans les rouages d'une machination internationale.

S'étant mise en retrait volontairement, elle est obligée, après l'assassinat de plusieurs agents secrets, de reprendre du service, et de résoudre ses meurtres. A travers sa mission, le lecteurs découvrira des brides de son passé et la personnalité complexe de Velvet. Un des atouts de ce comics est la caractérisation de l'héroïne : Velvet a une quarantaine d'année, n'est pas un top model, c'est une femme normale, sa moralité n'est pas exemplaire, ses doutes et ses erreurs sont multiples, et cela en fait un personnage très humain au final. Cela change aussi des modèles de (super) héroïnes proposées parfois dans les comics, souvent trop parfaites.

Ensuite, l'action se déroule en 1973, un monde sans téléphone portable, sans ordinateur, sans internet, et cette technologie limitée crée une ambiance très "old school", propice à une intrigue très "terre-à-terre" plutôt agréable. Brubaker et Epting , avec ce "created owned", se font plaisir: ils mélangent James Bond bien sur (époque Sean Connery), les romans d'espionnage de John Le Carré, mais intègrent aussi quelques influences comics évidentes: difficile de ne pas voir dans le personnage de Velvet une allitération de la Veuve Noire de chez Marvel ou de la comtesse Valentina Allegra De Fontaine, agent du S.H.I.E.L.D. de chez Marvel également.

Brubaker n'est pas à son coup d'essai de toute façon: excellent scénariste depuis plusieurs années ( Gotham Central, Catwoman chez DC, les séries "indé" telles que  Sleeper, Criminal, Fatale, Incognito, et bien sur Daredevil et Captain America chez Marvel ) , cet auteur talentueux et discret, a souvent proposé dans ses histoires des ambiances feutrées propres aux récits d'espionnage et aux polars. Steve Epting, de son coté, est l'un des plus talentueux artistes de ces dernières années. Malgré un style à première vue discret et très classique, il éblouit ses planches par son trait réaliste, très anatomique, souple et élégant, proche des maitres tels que John Buscema, Russ Manning, et Alex Raymond.

Ayant débuté chez First comics au début des 80's, il se fait remarquer en œuvrant sur un long cycle de la série "Avengers" chez Marvel (malheureusement pendant le cross over "The Crossing", totalement oubliable de préférence) , puis travaille un temps chez la Délicieuse Concurrence. Il transforme son style, le rendant plus réaliste, en dessinant chez l'éphémère éditeur Cross-Gen. Quand il revient chez Marvel, c'est pour reprendre Captain America sur des scénarios de Brubaker: leur cycle sur le vengeur étoilé est devenu aujourd'hui un classique moderne à lire absolument.

Comics d'espionnage, qui peut aussi bien intéresser un lecteur de comics par sa narration et ses influences, qu'un lecteur de bds franco belges pour sa thématique, "Velvet" envoute par son ambiance pesante et son atmosphère nuancée.

A lire en buvant une vodka martini...au shaker, pas à la cuillère bien sur!

à noter la très belle édition proposée par Delcourt: jaquette, papier mat épais, impression de qualité, format légèrement plus grand qu'un comics classique...un très bon boulot de la part de Delcourt, mais ça n'étonne plus aujourd'hui, Delcourt étant devenu, grâce au travail éditorial de Thierry Mornet entre autre, un éditeur respectueux de son lectorat

 


Velvet
delcourt
Steve Epting et Ed Brubaker
Sortie 08/10/2014
16.45 €

 
 

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